Bonsoir à toutes et à tous,
je souhaite adresser mes plus sincères remerciements à Madame Mireille, qui a fait preuve d’une grande générosité et de beaucoup de confiance en partageant avec le musée les magnifiques photographies de sa poupée et en participant activement à la vie de notre musée. Ces gestes sont essentiels : ce sont eux qui font vivre le musée et qui lui donnent toute sa dimension humaine et collective.
La poupée présentée, Catherine de Raynal, revêt une valeur toute particulière, puisqu’il s’agit de la toute première poupée de Madame Mireille, conservée avec soin et attachement au fil des années. Cette dimension personnelle apporte une profondeur supplémentaire à l’objet, rappelant que chaque poupée porte en elle une histoire intime, un souvenir, une émotion.
Il est également intéressant de rappeler que le prénom Catherine n’a pas été choisi au hasard : il correspond au prénom de la fille de Monsieur Raynal, fondateur de la maison Raynal, établissant ainsi un lien symbolique entre l’histoire familiale et l’histoire de la marque.
Grâce à des partages comme celui de Madame Mireille, je peux, avec vous, construire une mémoire vivante du musée, enrichir les connaissances et transmettre ces histoires précieuses. Chaque contribution compte et constitue une invitation ouverte à toutes celles et ceux qui souhaitent, à leur tour, prendre part à cette belle aventure collective.
Vous trouverez ci-dessous l’article complet et détaillé consacré à cette poupée.
Je vous en souhaite une très belle lecture et une excellente soirée à toutes et à tous.
Dorothée
CATHERINE (Raynal)
Poupon classique en rhodoïd et tissu — vers 1938
Marque : Raynal (France)
Catégorie : poupon classique
Datation : vers 1938
Taille : 48 à 55 cm (la variation dépend notamment de la courbure des jambes)
Mécanisme : aucun
Présentation générale
La poupée Catherine de la maison Raynal s’inscrit pleinement dans la tradition des poupons français de l’entre-deux-guerres. Produite à la fin des années 1930, elle témoigne d’une période charnière dans l’histoire de la fabrication des poupées, marquée par l’introduction de matériaux plastiques innovants tout en conservant des techniques d’assemblage traditionnelles.
Ce modèle se distingue par une expression très vivante, une construction mixte et une grande qualité de moulage, caractéristiques des productions Raynal de cette époque.
Matériaux et montage
- Tête et mains : rhodoïd (acétate de cellulose)
- Corps et membres : tissu rembourré de kapok
- Montage : tête à collerette
Cette structure confère au poupon une grande légèreté et une souplesse adaptée à son usage, tout en assurant une bonne stabilité de l’ensemble.
Visage et expression
- Yeux : dormeurs, dits « riboulants », mobiles selon l’inclinaison
- Cheveux : moulés, avec une mèche frontale orientée vers la droite
- Bouche : ouverte, laissant apparaître la langue et deux petites dents
L’expression du visage, douce et animée, constitue l’un des éléments les plus emblématiques du modèle Catherine.
Tenue vestimentaire
D’après les photographies, la poupée est présentée dans une tenue complète aux tons rose pâle, représentative de l’esthétique Raynal de la fin des années 1930 :
- Robe en tissu léger rose clair, à manches courtes bouffantes
- Col clair contrastant avec le corps de la robe
- Bas de robe orné d’une broderie bleue en festons, élément décoratif distinctif
- Sous-vêtement en coton clair, décoré de petits motifs floraux
- Bonnet assorti, bordé de dentelle
- Chaussures blanches de type babies
Un bijou Raynal est fixé au col, composé d’une plaquette portant le nom de la marque et d’une médaille décorative pendante, accessoire fréquemment associé aux poupons Raynal de cette période.
Le carton d’origine
La poupée est conservée dans son carton d’origine, élément essentiel pour la compréhension historique et muséale de l’objet.
- Boîte en carton rigide, de teinte vert-grisé
- Décor imprimé composé de motifs liés à l’enfance (berceaux, nourrissons stylisés, éléments répétitifs)
- Étiquette nominative « Catherine », permettant l’identification du modèle
- Présentation intérieure avec papier de soie destiné à protéger la poupée
La conservation du carton renforce considérablement l’intérêt patrimonial de l’ensemble.
Marquage
La tête à collerette porte la marque RAYNAL inscrite dans un rectangle sur la nuque, accompagnée d’un numéro de moule situé sous le cartouche. Ce marquage est conforme aux pratiques de la maison Raynal à la fin des années 1930.
Datation et variations
Le modèle Catherine est connu en plusieurs tailles proches, généralement comprises entre 48 et 55 cm. Les variations observées concernent principalement la position des jambes, la présentation vestimentaire et certains détails de finition, sans remettre en cause l’identification du modèle.
La « maladie du vinaigre » et les poupées Raynal en rhodoïd
Éléments de compréhension et état de conservation de Catherine et d’autres poupées réalisées dans ce matériau
Les poupées Raynal de cette période sont souvent réalisées en rhodoïd, un plastique ancien à base d’acétate de cellulose. Ce matériau est aujourd’hui connu pour sa sensibilité à un phénomène de dégradation chimique appelé « maladie du vinaigre ».
Nature du phénomène
La maladie du vinaigre correspond à une décomposition progressive de l’acétate de cellulose, entraînant la libération d’acide acétique. Elle peut provoquer, avec le temps :
- une fragilisation du matériau,
- des déformations ou un retrait,
- l’apparition de dépôts blanchâtres,
- une augmentation de la sensibilité aux fissures.
Ce processus est lent et irréversible, mais sa progression peut être fortement ralentie par des conditions de conservation adaptées.
État de conservation de l’exemplaire présenté
L’analyse des photographies montre que la poupée Catherine de Raynal présentée dans cet article ne présente aucun signe visible de maladie du vinaigre.
Les surfaces en rhodoïd apparaissent lisses et homogènes, sans déformation, sans opacification ni dépôts, et les couleurs sont stables.
L’exemplaire documenté se trouve donc dans un état de conservation particulièrement satisfaisant.
Recommandations générales de conservation
Pour les poupées Raynal réalisées en rhodoïd, il est recommandé de :
- maintenir une température stable et modérée,
- éviter l’exposition à la chaleur et au soleil direct,
- privilégier un stockage ventilé avec des matériaux neutres,
- éviter le confinement prolongé dans des contenants hermétiques.
Conclusion
Catherine de Raynal constitue un témoignage remarquable du savoir-faire de la maison Raynal à la fin des années 1930. Sa construction mixte, son visage expressif, la qualité de sa tenue et la conservation de son carton d’origine en font un ensemble particulièrement représentatif des poupons français de l’entre-deux-guerres, tant sur le plan esthétique que patrimonial.