Un don familial au musée Atelier Arianne : une Schildkröt des années 1930, Cicciobello et Coquette Rousse de Corolle

Un don de poupées au musée qui traverse les générations.
Certains dons sont particulièrement précieux parce qu’ils réunissent des objets très différents, conservés au fil du temps dans une même famille. Ils permettent alors de parcourir plusieurs générations d’enfance, de jeux et de souvenirs.
C’est le cas du bel ensemble confié au musée Atelier Arianne par Madame Gabrielle. Il comprend trois poupées appartenant à des époques et à des univers très différents, plusieurs vêtements ainsi qu’un important lot de textiles domestiques.
De la petite poupée allemande en celluloïd des années 1930 à la poupée Corolle de 2014, ce don nous fait traverser près d’un siècle d’histoire de la poupée européenne.
Une petite Schildkröt en celluloïd dans sa tenue d’origine
La pièce la plus ancienne de cet ensemble est une ravissante petite poupée Schildkröt en celluloïd, conservée avec un soin remarquable au sein de la famille de Madame Gabrielle.
Son visage d’enfant présente un modelé très délicat. Ses cheveux blonds sont directement moulés dans la matière et soigneusement dessinés autour du front. Ses yeux clairs, son expression douce et la finesse de ses petites mains lui donnent une présence particulièrement attachante.
La poupée porte toujours sa tenue d’origine, parfaitement adaptée à ses proportions. Celle-ci se compose d’un capuchon rouge noué sous le menton, d’une jupe assortie, d’un corsage blanc, d’un large col orné de dentelle, d’une ceinture noire et d’un tablier clair également bordé de dentelle.
L’ensemble évoque naturellement le personnage du Petit Chaperon rouge. Cependant, en l’absence d’un catalogue ou d’une référence commerciale précise, il est plus prudent de la présenter comme une « petite Schildkröt au capuchon rouge » plutôt que d’affirmer qu’elle fut officiellement commercialisée sous le nom de ce personnage.
Une ancienne étiquette d’identification attachée à son poignet mentionne le celluloïd, la marque à la tortue et la Rheinische Gummi- und Celluloid-Fabrik. Elle situe la poupée dans les années 1930.
Schildkröt signifie « tortue » en allemand. Ce célèbre symbole fut choisi comme marque par la Rheinische Gummi- und Celluloid-Fabrik de Mannheim. Fondée en 1873, cette entreprise commença à fabriquer des poupées en celluloïd à la fin du XIXᵉ siècle. L’utilisation de cette matière légère, lavable et moins fragile que la porcelaine transforma profondément la fabrication des poupées destinées aux enfants.
Le numéro précis du moule de notre petite demoiselle ne peut pas être déterminé à partir de ces seules photographies. Il faudra pour cela examiner et photographier le marquage placé au dos de la tête ou du corps, où figurent habituellement la tortue et un numéro correspondant à la taille ou au moule.
La conservation de sa tenue d’origine constitue un élément particulièrement précieux. Les vêtements permettent d’observer les matières, les coutures, les dentelles, les proportions et la manière dont ces petites poupées étaient présentées à leur époque. Ils donnent également à l’objet une cohérence historique que l’on rencontre de moins en moins souvent.
Cicciobello, un célèbre poupon italien
La deuxième poupée est immédiatement reconnaissable : il s’agit d’un Cicciobello, l’un des poupons les plus emblématiques de l’histoire du jouet italien.
Cicciobello fut créé en 1962 pour la maison Sebino. Le premier modèle grandeur nature fut dessiné par Silvestro Bellini, qui se serait inspiré du visage d’un véritable nouveau-né de la région de Bergame. Le personnage connut rapidement un immense succès avant de passer, au fil de son histoire, sous la marque Giochi Preziosi.
Le poupon offert au musée possède des cheveux blonds implantés, des yeux dormeurs et une bouche conçue pour recevoir sa tétine. Il porte une combinaison bleue à capuche, décorée d’un petit ours et de deux empreintes de pattes appliquées sur la poche. L’étiquette « Cicciobello » cousue sur le vêtement confirme qu’il s’agit bien d’une tenue de la marque. La tétine bleue, elle aussi ornée du visage de Cicciobello, complète cet ensemble.
Le principe de Cicciobello repose depuis ses débuts sur l’imitation des gestes de soin : le prendre dans les bras, l’habiller, le coucher, lui donner sa tétine ou son biberon. Selon les versions, certains modèles pleurent, parlent ou se calment lorsque l’enfant leur remet leur tétine.
La variante commerciale exacte et sa date de fabrication devront encore être vérifiées grâce aux inscriptions moulées sur le corps, à l’étiquette intérieure du vêtement ou à un éventuel compartiment de mécanisme. Les éléments visibles orientent néanmoins vers une production relativement récente, probablement issue de la période Giochi Preziosi.
Coquette Rousse de Corolle dans sa boîte « Paris en fête »
La troisième poupée est une Mademoiselle Corolle Coquette Rousse de 36 cm, référence BLW47, appartenant à la collection « Paris en fête » de 2014.
Elle est restée dans sa boîte d’origine, ce qui permet de l’identifier avec précision. Sa chevelure rousse implantée, sa frange droite et son bandeau assorti constituent les principaux traits de cette version. Elle porte une élégante tenue de fête composée d’un haut bleu nuit scintillant et d’une jupe dans des tons prune et bordeaux.
Coquette possède un corps souple ainsi qu’une tête, des bras et des jambes en vinyle doux. Elle est également munie d’yeux dormeurs. Comme beaucoup de poupées Corolle, son vinyle est délicatement parfumé à la vanille, l’une des signatures les plus reconnaissables de la maison.
Lancée en 2011, Coquette fut proposée avec plusieurs couleurs de cheveux et différentes tenues. En 2014, les versions brune et rousse figuraient encore dans la gamme Mademoiselle Corolle. Elles disparurent ensuite des catalogues à partir de 2015.
La conservation de la boîte est ici presque aussi intéressante que celle de la poupée. Elle préserve le nom de la gamme, la présentation graphique, la fenêtre transparente, les mentions commerciales ainsi que la pastille promotionnelle visible sur la façade. Ce type d’emballage constitue une véritable source documentaire pour l’étude des collections modernes.
Des vêtements de poupée et de petits vêtements d’enfant
Le don comprend également plusieurs vêtements qui accompagneront les collections textiles du musée.
On distingue notamment une tenue bleue portant l’étiquette officielle Cicciobello, une petite brassière blanche avec une étiquette Petit Bateau, ainsi qu’un vêtement bleu clair décoré de grands pois cerclés de bleu foncé.
Les vêtements conservés séparément sont très importants pour un musée de poupées. Les étiquettes, les matières, les systèmes de fermeture et les dimensions peuvent aider à reconnaître une marque, une période ou le modèle auquel une tenue était initialement destinée.
Même lorsqu’ils ne peuvent pas être immédiatement attribués, ils constituent une documentation précieuse sur la mode enfantine et sur la manière dont les vêtements réels furent adaptés à l’univers de la poupée.
Un ensemble de textiles domestiques de différentes époques
Madame Gabrielle a également confié au musée un important ensemble de textiles domestiques.
On y découvre plusieurs torchons tissés à carreaux ou à rayures, des tabliers aux couleurs vives, des maniques matelassées, du linge brodé, des pièces réalisées au crochet, une pochette en tissu éponge jaune ornée d’un petit motif floral ainsi que différents tissus blancs, gris et beiges soigneusement pliés.
Certains éléments paraissent avoir été réalisés ou décorés à la main. Les bordures crochetées, les broderies rouges, les petits motifs floraux et les assemblages de tissus témoignent d’un savoir-faire domestique longtemps transmis au sein des familles.
Ces textiles ne sont pas de simples compléments. Ils documentent les matières, les couleurs et les techniques utilisées dans la vie quotidienne. Ils pourront également servir de références lors de l’étude des vêtements de poupée, dont les formes et les finitions s’inspiraient souvent directement du linge et des habits réels.
Trois poupées, trois pays et trois époques
Ce don réunit trois grandes traditions européennes de la poupée :
- l’Allemagne, avec la petite Schildkröt en celluloïd des années 1930 ;
- l’Italie, avec Cicciobello, célèbre poupon né en 1962 ;
- la France, avec Coquette Rousse de Corolle et sa boîte de 2014.
La diversité de cet ensemble permet d’observer l’évolution des matières, des styles et de la représentation de l’enfance. Le celluloïd moulé de Schildkröt laisse place au vinyle, aux corps souples, aux cheveux implantés et aux mécanismes des poupées de la seconde moitié du XXᵉ siècle. La poupée moderne arrive ensuite accompagnée de sa boîte, de son nom, de sa référence et de tout un univers commercial documenté.
Mais au-delà de ces différences, ces trois poupées partagent une même histoire : elles ont été choisies, habillées, protégées et conservées avant d’être confiées à un musée afin que leur mémoire ne disparaisse pas.
Un grand merci à Madame Gabrielle
Je souhaite remercier très chaleureusement Madame Gabrielle pour sa confiance et pour ce don aussi riche que varié.
La petite Schildkröt, pieusement conservée dans sa famille avec sa tenue d’origine, pourra désormais poursuivre son histoire au sein des collections du musée Atelier Arianne. Cicciobello, Coquette Rousse, leurs vêtements ainsi que les nombreux textiles seront également inventoriés, documentés et préservés.
Grâce à de tels gestes, le musée ne conserve pas seulement des poupées. Il protège des souvenirs familiaux, des savoir-faire textiles, des traces de l’enfance et une partie de notre mémoire collective.
Dorothée – Atelier Arianne, clinique et musée de poupées
Pour aller plus loin
– L’histoire de la société Schildkröt
– L’Encyclopédie visuelle des poupées
– L’Encyclopédie des logos et marquages de poupées





