Un don magnifique, ces trousseaux de poupées modes & travaux m'ont toujours fait rêver ! Ma maman nous en a tricoté ou cousu quelques pièces... Plus trop en état hélas. Quand le journal arrivait je regardais le patron en espérant qu'elle ferait une tenue pour ma poupée, mais la priorité était de nous habiller nous ! À l'époque les vêtements dans les magasins étaient beaucoup plus chers que la confection maison.
De Bleuette à Françoise : le don exceptionnel de Myriam au musée

Certains dons ne se composent pas seulement d’objets. Ils nous confient une succession de souvenirs, de gestes et de liens tissés entre plusieurs personnes.
Ce nouvel ensemble rejoint les collections du Musée de la Poupée – Atelier Arianne grâce à la générosité de Myriam, grande passionnée de Bleuette. Elle réunit elle-même une collection d’environ dix Bleuette, chacune ayant son histoire, son époque et sa personnalité.
Son don nous fait aujourd’hui voyager entre deux grands univers de la poupée française du XXe siècle : celui de Bleuette et de La Semaine de Suzette, puis celui de Françoise et du magazine Modes & Travaux.
Au cœur de cet ensemble se trouve une poupée particulièrement intéressante, accompagnée d’un important trousseau, de vêtements tricotés, de patrons anciens, de pages de magazines, de revues et de documents permettant de replacer chaque objet dans son contexte.
Une poupée transmise de main en main
Selon l’histoire qui l’accompagne, cette poupée appartenait à l’origine à une amie de Myriam. Sa première propriétaire ne s’y était jamais véritablement attachée et choisit finalement de la donner à Myriam.
Myriam aurait pu simplement la conserver dans sa propre collection. Elle a cependant décidé de lui offrir un avenir différent : celui d’un objet protégé, documenté et partagé avec le public. Elle la transmet aujourd’hui au musée avec son trousseau et les nombreux documents qui l’accompagnent.
Cette histoire est particulièrement touchante. Une poupée qui n’avait peut-être jamais trouvé toute sa place auprès de sa première propriétaire devient désormais un précieux témoin de l’histoire de l’enfance, de la couture et de la presse féminine française.
Josette SNF, devenue Françoise de Modes & Travaux
Une étiquette manuscrite attachée au poignet de la poupée porte l’inscription suivante :
« Poupée Josette – SNF – dite “laiteuse” – 1950 – NOVOÏD »
Cette étiquette apporte une information essentielle. La poupée n’est pas une autre compagne de Françoise : elle appartient à l’histoire même de sa naissance.
Le modèle Josette, présent dans le catalogue de la société SNF en 1950, fut choisi par le magazine Modes & Travaux. En mars 1951, il apparut dans les pages du magazine sous un nouveau prénom : Françoise.
Françoise était alors proposée aux lectrices sans vêtements. Chaque mois, Le Journal des petites filles de Modes et Travaux publiait de nouveaux patrons permettant aux mères, aux jeunes filles et aux couturières de lui confectionner une garde-robe.
Le modèle historique est généralement documenté dans une taille de 39 centimètres, avec une chevelure moulée, courte et coiffée avec une raie sur le côté. Cette filiation entre Josette et Françoise est décrite dans la documentation consacrée aux poupées SNF et à Modes & Travaux.
La poupée reçue par le musée présente un visage très clair, des cheveux moulés et peints, des yeux fixes aux nuances vertes, des sourcils délicatement tracés et une petite bouche fermée dont la peinture montre les marques du temps.
Le qualificatif « laiteuse » évoque l’aspect particulièrement pâle, légèrement opaque et opalescent de sa matière. Ces versions sont aujourd’hui moins courantes et recherchées par les collectionneurs.
La mention « NOVOÏD » inscrite sur l’étiquette sera conservée dans la documentation de provenance. L’examen des marques moulées et de la matière lors de l’inventaire permettra de confirmer ou de préciser cette attribution.
Une robe fleurie pleine de gaieté
Sur les photographies, Françoise porte une ravissante robe à petites fleurs rouges, bleues et jaunes sur fond clair. Trois grands nœuds rouges décorent le devant du corsage.
Elle est également coiffée d’un chapeau de paille orné d’un ruban réalisé dans le même tissu fleuri. De petites chaussures rouges à lacets complètent cette tenue.
L’ensemble donne à la poupée une apparence très vivante. Les couleurs franches de la robe contrastent avec la douceur de son visage et lui rendent une présence joyeuse, sans effacer son âge ni les traces de son histoire.
Un trousseau remarquablement complet
La poupée est accompagnée d’une garde-robe particulièrement riche. Les photographies permettent déjà d’identifier plusieurs ensembles :
- une robe blanche bordée d’un fin passepoil bleu ;
- une robe en vichy bleu et blanc, froncée ou smockée, avec un large col blanc ;
- une robe claire imprimée de petits motifs rouges et bleus, accompagnée d’un ruban bleu marine ;
- un ensemble blanc bordé de rubans rose poudré et terminé par une délicate dentelle ;
- une robe ou un ensemble tricoté écru et bleu, d’inspiration marine ;
- plusieurs éléments tricotés assortis, dont une pièce bleu foncé et un petit accessoire rayé ;
- de petites chaussures anciennes en cuir rouge-brun, munies de lacets ;
- un ensemble pastel à motifs floraux avec col et poches contrastantes ;
- un manteau bleu clair soigneusement confectionné ;
- différents accessoires, rubans, chapeaux et éléments de lingerie.
Certaines pièces semblent avoir été réalisées à la main. Les coutures, les fronces, les smocks, les bordures et les tricots témoignent du soin consacré à cette garde-robe miniature.
Les patrons : la mémoire de la couturière
Le don comprend un très important ensemble de patrons, de pochettes, de feuilles de coupe et de fiches illustrées consacrés aux poupées de Modes & Travaux.
Plusieurs pochettes portent le nom de Modes & Travaux et sont illustrées par des poupées présentant les vêtements à réaliser. Des numéros manuscrits permettent de retrouver ou de classer les différents modèles.
Ces documents sont essentiels. Ils ne montrent pas uniquement comment fabriquer une robe de poupée. Ils racontent aussi une époque où le magazine entrait dans les foyers comme un véritable atelier familial.
Le patron était découpé, reporté sur le tissu, adapté, cousu puis parfois transmis avec le vêtement terminé.
Un ouvrage de référence consacré aux poupées de magazines
Le don comprend également le livre :
Les Poupées de Modes & Travaux : depuis 1951… des poupées de magazines,
d’Élisabeth Chauveau, Elyane Jamard-Lacroix et Annick Buchy, publié aux Éditions du Dauphin.
Paru en 2016, cet ouvrage illustré de 180 pages retrace l’histoire de Françoise, Michel, Marie-Françoise, Francette et des autres poupées liées au magazine.
Il étudie également leurs vêtements, les patrons, le tricot, les accessoires, les fabricants et l’évolution de la mode enfantine. Présentation de l’ouvrage par les Éditions du Dauphin.
Sa présence dans le don est particulièrement pertinente : le livre accompagnera les objets et servira de référence lors de leur étude.
Une valise remplie de La Semaine de Suzette
Une ancienne valise bleu-noir, à la surface usée par les voyages et les années, fait également partie de l’ensemble. Elle possède encore sa poignée, ses fermoirs métalliques, ses coins renforcés, ses sangles et sa garniture intérieure en tissu.
À l’intérieur sont conservées plusieurs piles de La Semaine de Suzette.
Deux numéros placés au-dessus du lot sont clairement identifiables :
- n° 20 du 17 avril 1952, avec en couverture l’illustration intitulée « Petite maison à donner » ;
- n° 21 du 24 avril 1952, présentant l’histoire « Quand la mer descendit chez Belle ».
On peut également lire le nom de l’éditeur : Éditions Gautier-Languereau, 18, rue Jacob, Paris 6e.
Publié à Paris par Gautier-Languereau de 1905 à 1960, avec une interruption entre 1940 et 1946, La Semaine de Suzette occupa une place majeure dans la presse destinée aux jeunes filles. La Bibliothèque nationale de France en conserve la notice complète et une partie des numéros numérisés dans Gallica.
Myriam et la passion de Bleuette
La présence de La Semaine de Suzette dans ce don n’est pas un hasard. Elle rappelle immédiatement la grande passion de Myriam pour Bleuette, la célèbre poupée associée au journal.
Bleuette et son trousseau formaient un univers dans lequel la lecture, le jeu et l’apprentissage de la couture ne faisaient qu’un. Les jeunes lectrices pouvaient découvrir de nouveaux vêtements, puis tenter de les réaliser grâce aux patrons publiés dans le périodique.
Myriam conserve aujourd’hui une collection d’environ dix Bleuette. Son regard de collectionneuse explique la cohérence de son don : poupées, vêtements, patrons, revues et livres n’y sont pas séparés. Ensemble, ils permettent de reconstituer tout un monde.
La BnF conserve notamment la référence de l’ouvrage de Monique Couturier et Samy Odin, Bleuette : son trousseau d’origine Gautier-Languereau, 1905-1960, qui souligne le lien historique entre Bleuette, La Semaine de Suzette et les vêtements de poupée. Notice bibliographique de la BnF.
D’autres témoins de l’histoire de la poupée
Le don ne se limite pas aux univers français de Bleuette et de Françoise.
Les photographies montrent également une boîte portant les inscriptions :
- MADAME ALEXANDER ;
- AMERICANA COLLECTION ;
- WENDY PLAYS SOCCER.
Devant la boîte se trouve une petite poupée brune vêtue d’une robe blanche en tulle et chaussée de souliers en satin. Un petit document illustré porte le titre « Little Women ».
Cet ensemble américain plus récent élargit la chronologie du don et permettra d’évoquer l’évolution de la poupée de collection au-delà des modèles français de magazines.
Une ancienne chaise haute en bois peint
Une grande chaise haute d’enfant complète l’ensemble. Construite en bois et peinte dans une douce teinte vert sauge, elle possède :
- un dossier à barreaux ;
- une tablette enveloppante ;
- une assise rectangulaire ;
- un repose-pieds à traverses ;
- plusieurs articulations et ferrures anciennes.
Les petits éclats et frottements visibles sur la peinture ne doivent pas être considérés uniquement comme des défauts. Ils sont les traces de son utilisation et participent à son histoire.
Cette chaise pourra devenir un élément de présentation particulièrement intéressant pour évoquer la vie quotidienne de l’enfant et la place de la poupée dans les jeux d’imitation.
Conserver non seulement les objets, mais aussi leurs relations
L’importance de ce don réside dans sa cohérence.
La poupée ne nous arrive pas seule. Elle est entourée de ses vêtements, de ses accessoires, des patrons qui ont pu inspirer leur fabrication, des magazines qui les présentaient et d’un livre permettant de replacer cet univers dans l’histoire.
La valise, les revues, la chaise haute, les vêtements cousus et tricotés ainsi que les documents portent tous des traces de manipulation et d’usage.
Ensemble, ils permettent d’aborder plusieurs sujets :
- l’histoire des poupées de magazines ;
- l’apprentissage de la couture et du tricot ;
- la mode enfantine des années 1950 ;
- la transmission des savoir-faire entre générations ;
- la place de Bleuette et de Françoise dans l’imaginaire français ;
- le passage d’un objet intime vers une collection muséale.
Merci, Myriam
Nous remercions chaleureusement Myriam pour sa confiance, sa générosité et sa passion communicative pour Bleuette et les poupées anciennes.
En choisissant de transmettre au musée cette rare Josette SNF devenue Françoise de Modes & Travaux, son trousseau et les nombreux documents qui les accompagnent, Myriam leur offre un avenir durable.
Grâce à elle, cet ensemble pourra être inventorié, étudié, protégé et, un jour, présenté au public.
Une nouvelle page de son histoire commence désormais au Musée de la Poupée – Atelier Arianne.














💬 Laissez un commentaire sur cet article
💬 Commentaires
Voici ma Josette, habillée de sa tenue d'origine. Sauf les chaussettes que je lui ai refaite, car les siennes étaient vraiment abimées.
Merci beaucoup, Catherine, pour cette adorable photo 😊 Votre Josette est ravissante dans sa tenue d’origine ! Vous avez très joliment refait ses chaussettes : elles s’accordent parfaitement avec l’ensemble. C’est précieux de pouvoir découvrir une Josette aussi bien conservée dans ses vêtements d’origine 🥰

Merci infiniment Dominique pour ce témoignage si touchant 💕 On imagine votre attente lorsque le journal arrivait et votre espoir de voir votre maman réaliser une nouvelle tenue pour votre poupée. À cette époque, la couture et le tricot faits à la maison étaient effectivement essentiels pour de nombreuses familles. Même si ces petites pièces ne sont malheureusement plus en état, les souvenirs qui leur sont associés restent infiniment précieux.