Les pouëts-pouëts anciens : petits jouets sonores, grande histoire de l’enfance

Aujourd’hui, dans notre série « Tous ensemble dans la vie du musée », nous ouvrons une nouvelle page consacrée à un univers plein de fantaisie : celui des pouëts-pouëts anciens.
Grâce au très beau partage de Mouchette, nous pouvons observer plusieurs jouets sonores issus de sa collection. Ces petits personnages, souvent regardés avec tendresse ou amusement, méritent pourtant une véritable attention historique. En effet, derrière leur apparence légère se cache une histoire industrielle, populaire et familiale très riche.
Mouchette nous a transmis plusieurs photos accompagnées d’indications précieuses sur les marquages :
« Les pouëts photos 1/2/3/4 sont chiffrés de 1 à … (?), photo 5 Laleflex, France et droite France, celui du milieu BISERKA marqué JOPEN France, photo 8 à gauche autres sans marque. Vous avez là qu’un… j’en ai de partout dans la maison que j’essaierai de temps en temps d’en poster. »
Ces informations sont importantes, car les marquages des pouëts-pouëts anciens permettent souvent de mieux comprendre leur origine, leur période de fabrication ou leur réseau de distribution.
Qu’est-ce qu’un pouët-pouët ancien ?
Le terme pouët-pouët désigne familièrement un petit jouet sonore que l’on presse pour produire un bruit caractéristique : le fameux « pouët ».
Ce son était obtenu grâce à un petit sifflet, aussi appelé couineur, placé à l’intérieur du corps du jouet. L’enfant appuyait sur l’objet, l’air circulait dans le mécanisme, et le jouet répondait par un petit cri amusant.
Ces objets appartiennent donc à la grande famille des jouets d’éveil anciens. Ils étaient à la fois :
- des jouets tactiles, car l’enfant les prenait en main et les pressait ;
- des jouets visuels, grâce à leurs couleurs et leurs formes expressives ;
- des jouets sonores, grâce au petit mécanisme intérieur.
Ainsi, bien avant les jouets électroniques, le pouët-pouët proposait déjà une forme d’interaction simple entre l’enfant et l’objet.
Des jouets surtout diffusés au XXe siècle
Les pouëts-pouëts anciens se sont surtout diffusés au cours du XXe siècle. On les retrouvait dans les magasins de jouets, les bazars, les foires, les rayons populaires ou encore parmi les cadeaux destinés aux jeunes enfants.
Ils étaient souvent plus accessibles que certaines poupées luxueuses. C’est pourquoi ils appartiennent à une histoire plus quotidienne de l’enfance : celle des petits jouets simples, très manipulés, parfois usés, mais profondément liés aux souvenirs familiaux.
De plus, leur grande variété montre l’imagination des fabricants. On rencontre des bébés rieurs, des animaux, des musiciens, des personnages de contes, des figures régionales, des enfants en costume ou encore des scènes humoristiques.
En quelles matières étaient fabriqués les pouëts-pouëts ?
Les premiers modèles de ce type furent principalement fabriqués en caoutchouc souple. Ensuite, selon les périodes, les fabricants et les pays, on trouve également des exemplaires en latex, en vinyle ou en plastique souple.
Ces matières présentaient plusieurs avantages. Elles permettaient de créer des jouets légers, faciles à saisir, agréables à manipuler et parfois lavables. Par ailleurs, elles se prêtaient bien au moulage de formes expressives : visages souriants, joues rondes, attitudes comiques ou détails de costume.
Cependant, ces matériaux vieillissent de manière particulière. Le caoutchouc peut durcir, se craqueler, devenir collant ou perdre sa souplesse. Le vinyle peut se tacher, se déformer légèrement ou changer de couleur. Quant au petit mécanisme sonore, il peut se bloquer, se détacher ou disparaître avec le temps.
Même lorsqu’il ne produit plus de son, un pouët-pouët ancien reste donc un document précieux. Il raconte une époque, une technique de fabrication et une manière de concevoir le jouet pour les tout-petits.
L’importance des marquages : France, Laleflex, Biserka, Jopen France
Dans la collection présentée par Mouchette, plusieurs indications attirent l’attention : France, Laleflex, Biserka, Jopen France, ainsi que des chiffres de moule.
Ces marquages sont essentiels pour l’étude des jouets anciens. Ils peuvent indiquer un pays de fabrication, une marque, un distributeur, une série ou simplement un numéro de moule.
Tous les pouëts-pouëts ne sont pas marqués. Certains portent seulement un chiffre. D’autres ne présentent aucune inscription visible. Cela ne diminue pas leur intérêt, bien au contraire. Les jouets non marqués sont souvent les plus difficiles à documenter. Leur identification passe alors par l’observation minutieuse de nombreux détails : forme du visage, style de peinture, matière, qualité du moulage, couleurs, dimensions, posture ou système sonore.
Biserka : une piste intéressante venue de Zagreb
Parmi les noms mentionnés, Biserka est particulièrement intéressant. Il renvoie à une production de jouets de l’ancienne Yougoslavie, plus précisément de Zagreb, aujourd’hui en Croatie.
La fabrique Biserka est connue pour ses jouets en caoutchouc et en matières souples. Ses productions, souvent colorées et expressives, ont circulé au-delà de leur pays d’origine. Cela explique pourquoi certains exemplaires peuvent aujourd’hui se retrouver dans des collections françaises.
Cette présence montre aussi que les pouëts-pouëts ne sont pas seulement de petits jouets anonymes. Ils appartiennent à un réseau plus vaste de fabricants, de mouleurs, de distributeurs et d’échanges commerciaux européens.
Pourquoi ces petits jouets intéressent-ils le musée ?
Pour un musée consacré aux poupées, aux jouets anciens et à l’enfance, les pouëts-pouëts sont des objets très importants.
Ils permettent d’étudier :
- l’évolution des matières souples ;
- les techniques de moulage ;
- les marques et les distributeurs ;
- les modes enfantines du XXe siècle ;
- les jouets populaires accessibles à de nombreuses familles ;
- les souvenirs liés à la petite enfance.
Par ailleurs, ces jouets racontent une histoire souvent moins visible que celle des poupées prestigieuses. Ils appartiennent à l’enfance ordinaire, celle des objets que l’on attrapait, que l’on pressait, que l’on emportait partout et que l’on gardait parfois toute une vie.
C’est exactement pour cette raison que les partages des membres sont précieux. Chaque photo, chaque marquage, chaque détail permet d’enrichir les archives du musée et de comparer les exemplaires entre eux.
Un grand merci à Mouchette
Un grand merci à Mouchette pour ce très beau partage. Ses photos rejoignent les archives documentaires du musée et nous aideront à comparer, identifier et mieux comprendre ces petits jouets sonores si attachants.
Et comme Mouchette nous dit qu’elle en a « de partout dans la maison », nous espérons découvrir bientôt d’autres petits habitants de cette joyeuse collection.
Et vous ?
Avez-vous des pouëts-pouëts anciens dans votre collection ?
Vous pouvez partager vos photos en commentaire, avec une petite description si vous le souhaitez. Si vos jouets sont marqués, pensez aussi à photographier ou indiquer les inscriptions : marque, pays, chiffre de moule, fabricant ou distributeur.
Ces détails sont très précieux pour enrichir la mémoire collective et les archives du musée.
Dorothée – Atelier Arianne – clinique et musée de poupées










