Les baigneurs et poupées SIC

Les baigneurs et poupées SIC

Histoire, modèles, variantes et caractéristiques techniques

Par Dorothée – Atelier Arianne


Une maison pionnière du celluloïd en France

La Société Industrielle du Celluloïd (SIC) fait partie des plus anciens fabricants français de poupées en matière plastique.
La production de baigneurs en celluloïd débute dès 1902, plaçant la maison parmi les pionniers de ce matériau dans l’univers de la poupée française.

Durant les années 1920–1935, la SIC connaît sa période la plus active dans la production de baigneurs réalistes. L’entreprise fabrique également divers objets en celluloïd, mais ce sont ses baigneurs qui marqueront durablement l’histoire de la poupée française.


Le celluloïd : une révolution… et un risque

Le celluloïd (nitrocellulose plastifiée au camphre) représente une véritable révolution au début du XXe siècle :

  • matière très légère
  • résistante à l’eau
  • facilement moulable
  • idéale pour les « poupées de bain »

Cependant, cette matière présente un inconvénient majeur :
elle est hautement inflammable et devient fragile avec le temps.

Aujourd’hui, les baigneurs SIC demandent une conservation attentive : variations de température, tension des montages et vieillissement naturel peuvent provoquer fissures et fragilités structurelles.


Le marquage : un élément fondamental d’identification

On rencontre deux principaux types de marquages chez SIC :

1. Le dragon (marquage ancien)

Les premières productions portent parfois :

  • un dragon
  • la mention FRANCE
  • un numéro de taille

2. Les noms et désignations des modèles SIC

(période 1920–1930, d’après sources collectionneurs et documentation d’époque)

Fabrication : SIC
(La production sera ensuite partiellement poursuivie par la SNF.)


« François » (baigneur)

Modèle produit par la SIC, puis repris ultérieurement par la SNF.
Baigneur en celluloïd, généralement marqué dragon + FRANCE + numéro de taille.
Décliné en plusieurs dimensions.


« Françoise »

Poupée à perruque collée.
Proposée en différentes tailles, avec variantes d’yeux (peints ou dormeurs selon les versions).
Modèle davantage conçu comme poupée à habiller que comme baigneur classique.


« Dominique »

Version garçon ou fille.
Modèle associé aux publications Mode Pratique (Claude / Claudine).
Positionnement à la fois éditorial et commercial, en lien avec la presse féminine et les patrons de couture.


« Baby » (baigneur)

L’une des appellations les plus courantes chez SIC dans les années 1920.
Baigneur en celluloïd, souvent marqué du signe du dragon accompagné de la taille (ex. 40, 50, 60).

Caractéristiques fréquentes :

  • cheveux très légèrement moulés et peints
  • membres articulés par élastiques
  • yeux peints (parfois fixes selon séries)

Le terme « Baby » fonctionne davantage comme désignation commerciale générique que comme prénom individualisé.


« Nouveau-né »

Fabrication attribuée à la SIC – milieu des années 1920 (vers 1925).

Caractéristiques observées :

  • baigneur en celluloïd
  • morphologie plus réaliste que les « Baby » classiques
  • membres potelés, ventre rebondi
  • expression plus douce, parfois bouche légèrement entrouverte
  • cheveux moulés et peints
  • marquage habituel : dragon + FRANCE + numéro de taille

Le terme « Nouveau-né » n’est pas toujours attesté comme prénom commercial officiel imprimé en catalogue, mais il apparaît de manière constante dans la littérature de collectionneurs pour désigner ce type morphologique spécifique chez SIC dans la seconde moitié des années 1920.

Il convient de le distinguer :

  • du simple « Baby » (désignation plus générique),
  • et du baigneur « caractère » (expression plus accentuée).

« Jeanne d’Arc »

Modèle attesté dans la production SIC à partir du début des années 1920.
Poupée en celluloïd, généralement marquée dragon + FRANCE + numéro de taille (ex. 28).

Caractéristiques observées :

  • cheveux moulés et peints
  • traits fins et plus allongés que certains baigneurs
  • membres articulés
  • proportions plus élancées que le « Baby »

Contrairement aux appellations génériques, « Jeanne d’Arc » correspond à une dénomination de modèle identifiée dans les sources collectionneurs, et non simplement à une description morphologique.


Baigneur « caractère »

Désignation typologique (et non nécessairement un prénom).
Correspond à des modèles présentant une physionomie plus expressive :

  • bouche entrouverte
  • joues accentuées
  • modelé plus marqué

Il s’agit d’une catégorie descriptive, utilisée principalement par les collectionneurs.


Variantes de carnation

Les sources confirment :

✔ Versions noires

Mentionnées explicitement comme « baigneur peint en noir ».

✔ Versions claires

Décrites comme « incolore peint en rose », correspondant aux teintes chair rosées.

Types asiatiques

Aucune source fiable n’atteste formellement l’existence de baigneurs SIC de type asiatique.
Sans documentation explicite, cette variante ne peut être attribuée à la maison.


Les yeux : diversité des variantes

Selon les modèles et les périodes :

  • yeux peints
  • yeux fixes en verre
  • yeux « riboulants » (mobiles)
  • pour certaines séries ultérieures (SNF) : dormeurs, dormeurs + riboulants

Les baigneurs des années 1920 présentent principalement des yeux peints ou fixes.


Les cheveux

Caractéristiques confirmées :

  • cheveux moulés dans la masse
  • peints à la main
  • exemples attestés de teinte châtain

Il n’existe pas de tableau exhaustif des couleurs produites par SIC, mais les cheveux moulés peints constituent la norme.


Construction et montage

Les descriptions mentionnent régulièrement :

  • tête mobile
  • bras mobiles
  • jambes mobiles

Pour les modèles poursuivis par la SNF, le montage par élastiques est attesté.
Pour SIC, le montage élastique est hautement probable, mais aucune citation directe n’en fait une affirmation formelle pour l’ensemble des modèles.


Vente et présentation commerciale

Habillés ou nus ?

De nombreux exemplaires conservés aujourd’hui portent des vêtements artisanaux.
Des publications comme Mode Pratique proposaient des trousseaux adaptés à certains modèles.

Toutefois, aucune source ne confirme que les baigneurs SIC étaient systématiquement vendus nus ou habillés.


Les emballages

Les informations sont limitées.

Dans les ventes, on rencontre parfois la mention « boîte d’origine » pour des modèles SNF ou d’autres fabricants.

Aucune documentation formelle n’a été retrouvée décrivant un système d’emballage standard spécifique aux baigneurs SIC (boîte carton ou sachet).


Typologie des baigneurs SIC

Les sources distinguent notamment :

Petit baigneur (vers 1920)

  • yeux peints
  • cheveux moulés
  • membres mobiles

Baigneur incolore peint en rose

  • différentes tailles
  • parfois yeux en verre

Baigneur « caractère »

  • physionomie plus marquée
  • plusieurs dimensions

Les tailles attestées

Dimensions confirmées dans la documentation et les ventes :

  • 17,5 cm
  • 28 cm
  • 36 cm
  • 40 cm
  • environ 44–45 cm

La production couvre donc une large gamme de formats.


Style et identité française

Les baigneurs SIC se distinguent des productions allemandes par :

  • une expression plus douce
  • un modelé subtil du visage
  • une physionomie naturelle
  • des coiffures enfantines réalistes

Ils incarnent l’esthétique française du baigneur réaliste de l’entre-deux-guerres.


Conclusion

Les baigneurs de la Société Industrielle du Celluloïd représentent une étape essentielle dans l’histoire de la poupée française.
À la fois innovants par leur matériau et profondément ancrés dans le goût esthétique de leur époque, ils témoignent du passage vers la modernité plastique tout en conservant une grande finesse de modelage.

Chaque exemplaire marqué du losange SIC constitue aujourd’hui un document précieux de cette période charnière.


Si vous souhaitez approfondir un modèle particulier ou découvrir d’autres études détaillées, je vous invite à suivre les prochaines publications du blog.


Dorothée
Atelier Arianne – clinique et musée de poupées