Atelier Arianne clinique et musée de poupées: Le baigneur « SIDAC » de la société Petitcollin


Le baigneur « SIDAC » de la société Petitcollin
Un jalon des années 1970 dans l’histoire du « Petit Colin » et de la fabrication française de poupons
1. Petitcollin : une maison française fondée sur la matière et le moulage
La maison Petitcollin est fondée à Étain (Meuse) au XIXᵉ siècle. Elle débute comme atelier de tabletterie (peignes, objets en corne et en ivoire), avant de devenir, à partir de la fin du XIXᵉ siècle, une entreprise industrielle spécialisée dans la transformation du celluloïd, puis des matières plastiques.
Les sources patrimoniales (base Joconde / POP – Ministère de la Culture) rappellent plusieurs jalons structurants :
- installation d’un atelier à Étain dès 1857,
- structuration industrielle autour de la fin du XIXᵉ siècle,
- dépôt de la marque à la tête d’aigle,
- développement des poupées au début du XXᵉ siècle,
- destructions successives durant les conflits mondiaux,
- reconstructions et modernisation de l’outil industriel,
- transition vers les plastiques à partir de la fin des années 1950.
Malgré ces ruptures historiques, l’entreprise conserve durablement :
- la maîtrise des moules,
- l’assemblage manuel,
- une culture d’atelier,
- une exigence constante de finition.
Cette continuité technique constitue l’un des marqueurs identitaires majeurs de Petitcollin.
2. Le baigneur « Petit Colin » : l’icône fondatrice
Dans l’imaginaire collectif, Petitcollin demeure indissociable du baigneur « Petit Colin » :
- bébé robuste,
- destiné à être manipulé,
- habillé,
- parfois emmené au bain.
Les sources historiques situent l’apparition de ce modèle emblématique dans l’entre-deux-guerres. Il devient rapidement une référence du poupon français.
Après l’époque du celluloïd (léger mais inflammable), l’entreprise adopte progressivement :
- le polyéthylène,
- puis le vinyle,
en recourant à des procédés industriels plus sûrs, notamment le rotomoulage, toujours utilisé pour les pièces creuses (têtes, membres).
3. Comprendre « SIDAC » : une période industrielle clé (1969–1973)
3.1 Une crise et une mise sous gérance
À la fin des années 1960, Petitcollin traverse une phase critique :
- concurrence internationale accrue,
- mutation rapide du marché du jouet,
- fragilisation financière.
En 1969, l’usine d’Étain est placée sous la gérance de la
Société Industrielle d’Applications Chimiques (SIDAC).
Cette période est marquée par :
- de lourdes restructurations,
- un arrêt partiel de la production en 1971–1972,
- la fin de la gérance en 1973.
Pour les collectionneurs, « SIDAC » constitue un repère chronologique industriel précis, et non un simple nom de modèle.
3.2 Le « Petit Colin SIDAC » (v. 1972–1973)
Le « Petit Colin SIDAC » est conçu durant cette période de transition industrielle.
Il se caractérise par :
- une inspiration volontairement rétro (années 1920–30),
- des proportions rondes,
- un bébé potelé,
- une expression douce,
- parfois des yeux dormeurs.
Dans un contexte où le jouet se modernise fortement, ce modèle opère un retour aux sources :
- silhouette traditionnelle,
- esthétique rassurante,
- dimension presque patrimoniale.
4. Description muséale
4.1 Matériaux et assemblage
- plastique dur (principalement polyéthylène),
- tête et membres emboîtés,
- parfois montage élastiqué.
Caractéristiques de conservation :
- bonne résistance mécanique,
- sensibilité au vieillissement :
- micro-rayures,
- jaunissement,
- ternissement,
- zones d’usure fréquentes :
- cou,
- épaules,
- hanches.
4.2 Visage, yeux, cheveux
- yeux dormeurs fréquents (bruns ou bleus selon séries),
- cheveux moulés et peints.
Les cheveux sont :
- sculptés dans la matière,
- peints à la main ou au pistolet,
- jamais implantés.
Cette combinaison donne au SIDAC son aspect de
« poupon de famille », très associé à la mémoire collective des années 1970.
4.3 Tailles et morphologie
Commercialisation attestée en plusieurs formats :
- 40 cm
- 50 cm
- 60 cm
Deux variantes morphologiques :
- jambes torses (les plus typiques),
- jambes droites (selon séries).
5. Marques et identification
5.1 La tête d’aigle
Emblème historique déposé par Petitcollin au début du XXᵉ siècle.
5.2 Marquages SIDAC
On observe selon les moules :
- tête d’aigle dans un triangle,
- parfois mention « Made in France »,
- marquage situé :
- au dos,
- ou à la nuque.
Les variations ne signifient pas faux ou authentique ;
elles résultent de :
- moules différents,
- séries distinctes,
- pratiques d’atelier.
6. Les modes d’emballage du SIDAC (évolution attestée)
Phase 1 – Années 1970
Sachet plastique avec cavalier cartonné
- livraison en sachet transparent,
- cavalier cartonné pour suspension en magasin,
- solution économique,
- typique des commerces de proximité.
Phase 2 – Années 1980–1990
Boîtes fermées en carton
- protection accrue,
- logique de cadeau,
- informations imprimées.
Phase 3 – Années 2000–2023
Boîtes cartonnées à fenêtre transparente
- grande fenêtre en PVC,
- visibilité directe du visage,
- positionnement patrimonial.
Ce type constitue aujourd’hui la norme commerciale.
6 bis. Les habillages d’origine du baigneur « Petit Colin SIDAC » (1972–2023)
Typologie, usages et évolution
6 bis.1 Le vêtement comme composante du jouet (années 1970)
Dès son lancement, le baigneur SIDAC est proposé :
- nu,
- ou déjà habillé.
Des habillages assortis sont disponibles séparément.
Le vêtement est conçu comme élément actif du jeu :
- habiller / déshabiller,
- imitation parentale,
- projection sociale.
Caractéristiques des tenues d’origine :
- coupes simples,
- pressions, boutons, rubans,
- tissus courants :
- coton,
- popeline,
- velours fin,
- jersey,
- couleurs douces :
- bleu clair,
- rose poudré,
- écru,
- vert tendre.
Tenues typiques :
- barboteuses,
- ensembles chemise/short,
- robes simples,
- pyjamas.
Esthétique volontairement domestique et rassurante.
6 bis.2 L’identification et la question de « l’origine »
Les habillages anciens :
- ne portent généralement pas de nom,
- varient selon séries,
- ne sont pas toujours référencés.
De nombreux SIDAC conservés portent aujourd’hui :
- vêtements cousus en famille,
- tricots artisanaux,
- habits achetés ultérieurement.
Terminologie recommandée en musée :
- tenue d’origine probable,
- tenue ancienne attribuée,
- tenue rapportée.
Critères d’évaluation :
- cohérence des tissus,
- usure naturelle,
- couture industrielle,
- provenance documentée.
6 bis.3 Évolution dans les années 1980–1990
Le vêtement gagne en :
- qualité perçue,
- épaisseur des tissus,
- structuration.
Apparition :
- poches,
- broderies simples,
- petits écussons.
Passage progressif du jouet utilitaire
à objet-cadeau valorisé.
6 bis.4 Le dressing contemporain (2000–2023)
Les habillages deviennent :
- nommés,
- référencés,
- associés à une taille précise
(ex. baigneur 40 cm).
Ils sont vendus :
- séparément,
- comme éléments de collection.
Composition :
- hauts coordonnés,
- bas assortis,
- accessoires :
- casquettes,
- chaussettes.
Style :
- contemporain,
- doux,
- jamais adulte.
Fidélité à l’esprit SIDAC :
sobriété, enfance, jeu.
6 bis.5 Permanences stylistiques
Sur 50 ans :
- vêtements faciles à enfiler,
- aucune sexualisation,
- esthétique intemporelle.
Le vêtement accompagne
sans transformer le baigneur.
6 bis.6 Lecture muséale
Le vêtement du SIDAC est :
- outil pédagogique
- marqueur social
- indice industriel
- objet mémoriel
6 bis.7 Synthèse curatoriale
- 1970s :
habillage fonctionnel, anonyme. - 1980–90 :
montée en qualité. - 2000–2023 :
dressing patrimonial.
De simple accessoire,
le vêtement devient
élément identitaire du SIDAC.
7. Le SIDAC dans l’histoire sociale
Double statut :
Objet du quotidien
(poupon d’enfance)
Témoin industriel
(crise, restructuration)
Souvent évoqué comme :
« le baigneur de mon enfance »
8. Conservation préventive
Conditions :
- lumière modérée,
- température stable,
- supports neutres.
Nettoyage :
- chiffon microfibre,
- eau déminéralisée,
- aucun solvant.
9. Médiation culturelle
- « Un modèle, trois tailles »
- « De la matière au jouet »
- « SIDAC : un nom industriel »
- « Souvenirs d’enfance »
10. Repères chronologiques
- 1857 : atelier à Étain
- vers 1900 : structuration
- années 1920 : Petit Colin
- années 1960 : plastiques
- 1969–73 : période SIDAC
- 1972–73 : modèle SIDAC
- 1980–2000 : boîtes fermées
- 2000–2023 : boîtes à fenêtre
Couleurs des cheveux
- brun foncé,
- châtain,
- blond-roux.
Vieillissement :
- éclaircissement progressif.
Le maquillage
- lèvres rosées,
- joues discrètes,
- aucun détail corporel.
Sobriété constante.

Conclusion
Le baigneur SIDAC est :
- témoin industriel,
- objet affectif,
- icône du jouet français.
Son identité repose sur :
- cheveux peints,
- maquillage discret,
- absence d’artifice.
Cette sobriété fonde
sa valeur patrimoniale et muséale.












Tous les vêtements sont originaux, sauf l’ensemble à carreaux bleus vichy, qui est une copie du vêtement original.
